|
Un atout pour l'avenir : la participation des femmes à la démocratie coopérative
|
88 pages
Produit par ORION, coopérative de recherche et de conseil
pour le
Conseil Canadien de la Coopération
© Conseil Canadien de la Coopération, 1994
Extraits
| Sommaire
Introduction
1. Enjeux et défis de la participation des coopératrices à la démocratie coopérative
1.1 L'apport des dirigeantes à la dynamique de la vie démocratique
1.2. La difficile participation des coopératrices
A. Assumer de front la militance coopérative et
les multiples rôles «traditionnels» des femmes
B. Surmonter les obstacles relevant du mode
de fonctionnement de la vie démocratique
C. Adapter ou composer avec la culture organisationnelle
de la coopérative
2. Voies et moyens pour faciliter la participation des coopératrices au conseil d'administration
2.1. Repenser le fonctionnement démocratique
A. Faciliter la participation aux réunions du conseil
B. Rechercher une représentation équilibrée des membres au conseil
2.2 Animer la vie démocratique
Conclusion
Annexes :
1. Bibliographie sélective
2. Quelques portraits de dirigeantes
|
| Introduction
La production de ce guide proposant aux coopératives quelques voies et moyens d'action pouvant être mis en oeuvre pour faciliter l'accession des coopératrices à leur conseil d'administration résulte de certains constats ayant conduit le Conseil Canadien de la Coopération (C.C.C.) à entreprendre une recherche-action sur la question des femmes dans le mouvement coopératif.
L'irruption massive des femmes sur le marché du travail est certainement le phénomène social qui aura le plus marqué la deuxième moitié du XXe siècle.
On serait porté à croire que les coopératives, avec les valeurs et les principes qui les sous-tendent, de liberté, d'égalité et d'équité notamment, devraient être des lieux particulièrement propices pour une meilleure accessibilité des femmes à des postes de pouvoir . Les coopératrices sont en fait très nombreuses à militer dans le mouvement coopératif.
Mais, à la fin de ce XXe siècle, force est de constater que leur présence aux conseils d'administration de coopératives de premier niveau, et à fortiori dans les organisations intercoopératives de deuxième ou de troisième niveau, n'est pas à la mesure de leur engagement à la base.
Les femmes dans les coopératives
Il est difficile d'établir fidèlement la place qu'elles occupent dans les coopératives canadiennes, notamment le nombre de dirigeantes de coopératives. Les ministères provinciaux responsables des coopératives ne produisent habituellement pas de statistiques avec une ventilation selon le sexe. Seuls quelques secteurs coopératifs comptabilisent le nombre de leurs dirigeantes et dirigeants élus.
Les quelques données disponibles font ressortir néanmoins que, de manière générale, elles sont surtout présentes à la base. Quand on monte plus haut, là où les orientations se définissent, là où les décisions se prennent, leur représentation diminue. Ce sont en fait encore des postes majoritairement occupés par des hommes.
Nous disposons quand même de quelques statistiques fragmentaires:
• dans son bilan social de 1991-92, le Conseil Canadien de la Coopération (C.C.C.) a recensé le nombre de dirigeantes siégeant à certains conseils de la coopération provinciaux : Saskatchewan (1/9), Manitoba (2/7), Ontario (0/9), Québec (0/15), Nouveau-Brunswick (0/11), Île-du-Prince-Édouard (8/18);
• dans son bilan social de 1992-1993, le C.C.C. a compilé le nombre de dirigeantes de coopératives dans certaines provinces pour lesquelles ces données sont disponibles: Île-du-Prince Édouard (58/173), Nouvelle-Écosse (67/234), Saskatchewan (59/174), Alberta (11/62);
• le Conseil de la coopération du Manitoba a recensé, en 1993, 32 dirigeantes de caisses (25%), 147 employées (85%) et 21 dirigeantes (33%) dans les autres types de coopératives dont 13 dans les garderies coopératives;
• en 1991 , dans le Mouvement Desjardins, les femmes constituaient 50% du sociétariat mais représentaient seulement 20% des dirigeants et dirigeantes; dans les instances des fédérations régionales, ce nombre chute à 11,9%.
Certes, la situation s'est améliorée : il y a de plus en plus de femmes dirigeantes et de plus en plus de femmes gestionnaires. Mais, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre une équitable représentation des femmes dans nos conseils d'administration.
Un guide résultant d'une recherche-action menée avec des dirigeantes
«Un atout pour l'avenir : la participation des femmes à la démocratie coopérative» est donc le résultat d'un processus de recherche-action engagé à l'automne 1992 par le C.C.C. sur le thème de «L'accession des femmes à des postes de pouvoir au sein des mouvements coopératifs francophones». Il s'agissait d'évaluer les voies et moyens concrets pouvant favoriser une meilleure représentation des femmes à des postes de pouvoir au sein des coopératives et des regroupements de coopératives.
L'objectif était de construire des documents pratiques de référence proposant tant aux coopératrices qu'aux coopératives un ensemble de moyens susceptibles de faciliter efficacement l'accès des coopératrices aux conseils d'administration des différentes organisations coopératives. Ces moyens recensés devraient permettre :
• d'une part, d'éliminer ou de surmonter les obstacles relevant de l'organisation et des pratiques coopératives actuelles;
• d'autre part, de limiter les effets des obstacles socio-culturels tendant à freiner cette participation des femmes au processus et au pouvoir démocratique.
Une recherche-action en trois phases
Le processus de cette recherche-action avait été structuré en trois phases.
1. La première phase s'ordonnait autour d'une enquête sur le terrain réalisée à partir d'entrevues auprès de dirigeantes de coopératives et de regroupements de coopératives au Canada francophone.
Trente-cinq dirigeantes, provenant de différentes provinces (Ile-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Québec, Ontario, Manitoba et Saskatchewan) et de la plupart des secteurs coopératifs (épargne et crédit, agricole, alimentation, habitation, funéraire, forestière, travail, garderie coopérative, de tourisme et organisations intercoopératives) ont été interrogées sur leurs expériences personnelles et sur leur perception de la problématique des femmes dans les milieux coopératifs francophones.
Cela a eu pour résultats :
• une meilleure compréhension des trajectoires personnelles et professionnelles caractéristiques des dirigeantes;
• la découverte de l'enrichissement qu'elles apportent dans la dynamique de la démocratie coopérative;
• l'identification des facteurs externes, socio-culturels, conditionnant la participation des coopératrices au processus démocratique dans nos coopératives et des facteurs internes, relevant des modes d'organisation et de fonctionnement propres aux coopératives.
2. La deuxième phase fut centrée sur la tenue d'un séminaire ayant pour thème : «Femmes et pouvoir dans les coopératives». Il s'est tenu en avril 1993 et a regroupé dix-neuf participantes dont la majorité avait collaboré à la première phase de la recherche.
Ce séminaire a permis aux participantes d'analyser et d'identifier l'ensemble des moyens d'action possibles pouvant faciliter l'accès des femmes à des postes de pouvoir et être mis en oeuvre par les coopératrices elles-mêmes et par les organisations coopératives et intercoopératives.
3. La troisième phase consistait en la production de deux guides de référence :
• l'un pour les femmes, leur proposant les moyens d'agir pour accéder aux conseils d'administration des organisations composant les mouvements coopératifs francophones au Canada;
• l'autre pour les coopératives, leur proposant des modalités d'adaptation de leurs pratiques aux conditions des femmes.
Un guide pour les coopératives et les organisations intercoopératives
Ce présent guide s'adresse donc aux organisations coopératives et intercoopératives. Il se veut à la fois un outil de sensibilisation et d'information :
• sur la problématique de la participation des femmes dans les coopératives;
• sur les difficultés vécues par des coopératrices et des dirigeantes de coopératives dans leur cheminement d'accès à des postes de pouvoir élus au sein de coopératives ou d'organisations intercoopératives;
• et sur la gamme de voies et moyens d'action susceptibles de faciliter une meilleure participation des femmes, mais aussi des autres membres, à la vie démocratique et leur accession aux conseils d'administration de nos coopératives et organisations intercoopératives.
Ce guide a été conçu spécialement pour :
• des membres de conseils d'administration, ou encore des personnes assumant la direction générale, intéressés à favoriser la dynamique coopérative et la représentation des différentes catégories de membres;
• des formateurs ou des formatrices responsables de l'organisation de sessions de formation sur l'administration et le fonctionnement des coopératives.
La première partie du document expose d'abord une analyse des principaux enjeux et défis de la participation des coopératrices à la démocratie coopérative. La deuxième partie propose ensuite cette gamme de moyens d'action possibles pour faciliter la participation des coopératrices au conseil d'administration.
L'annexe 1 contient des références bibliographiques pour toute personne désireuse d'approfondir le sujet.
L'annexe 2 présente quelques portraits de femmes dirigeantes de coopératives.
|
L'engagement pour le changement social
Le choix de la militance coopérative pour la nature et les objectifs spécifiques de la coopérative
Les motivations de femmes se portant candidates pour siéger à un conseil d'administration de coopérative, de leur propre chef ou après avoir été sollicitées, semblent provenir essentiellement de la nature particulière de la coopérative et des objectifs qu'elle poursuit dans son milieu. Nos répondantes ont souligné ainsi que :
«La coopérative est un outil de développement du milieu, de la communauté.»
«Elle est une formule plus complète en associant l'aspect économique (une entreprise) et l'aspect social (propriété collective).»
«Elle est un moyen de développement ou de survivance pour les francophones.»
«C'est une entreprise plus humaine.»
«Elle contribue à la création d'emplois dans le milieu.»
«Elle véhicule des valeurs susceptibles de favoriser un changement social.»
La coopérative, peut-être plus que tout autre forme d'organisation, représente un potentiel de changement pour le milieu mais aussi pour la société en général. Certaines dirigeantes interrogées ont d'ailleurs souligné leur volonté d'être d'abord et surtout des agentes de changement. C'est pour cela qu'elles se sont décidées à faire le saut dans la militance coopérative.
Cependant, on peut adhérer aux valeurs et aux objectifs d'une coopérative, en devenir membre, sans toutefois désirer participer à son administration.
La recherche de résultats concrets
Par-delà l'intérêt des femmes pour la raison d'être des coopératives, il semble qu'un des facteurs déterminants de leur engagement soit également la recherche de résultats concrets. Elles cherchent à travailler avec d'autres pour :
Ce qui importe, c'est de réaliser des choses. Il ne s'agit pas de perdre son temps mais de faire en sorte que la coopérative réponde aux besoins de ses membres.
À cet égard, les organisations coopératives de premier niveau leur semblent plus propices pour répondre à ces aspirations.
Certaines coopératrices hésitent ainsi à participer à des organisations de deuxième niveau (fédérations ou conseils provinciaux de la coopération). Cette hésitation résulterait d'une méconnaissance de ces organisations et d'une perception plutôt négative de leur fonctionnement. Les réunions des conseil d'administration apparaissent ainsi à certaines comme une perte de temps. Elles considèrent que :
«C'est moins concret»
«Cela prend beaucoup trop de temps»
«On est loin des besoins des membres de la base»
«Il y a trop de "jeux de coulisses"»
Par contre, des dirigeantes siégeant à ces conseils, et s'y trouvant parfois bien seules, déplorent cette attitude de rejet et estiment qu'au contraire, la participation de plus de femmes à ces instances dirigeantes de l'ensemble d'un secteur coopératif, loin de constituer une perte de temps, leur permettrait d'améliorer les résultats qu'elles cherchent à atteindre dans la mesure où ce sont les lieux de décisions des grandes orientations stratégiques qui conditionnent le développement des coopératives. Pour elles, siéger à un conseil d'administration de fédération permet à une femme de:
«Pouvoir exprimer son point de vue sur le développement du secteur coopératif.»
«Défendre les intérêts de sa coopérative.»
«Provoquer des changements.»
Le développement personnel
Par leur implication dans un conseil d'administration, ou dans un autre comité ou commission d'une coopérative ou d'une caisse, des dirigeantes ont trouvé la possibilité de : «Faire de nouveaux apprentissages» ou de «Relever un défi».
Cette volonté de s'enrichir humainement, de toujours aller plus loin, a souvent longuement précédé la décision de militer dans le mouvement coopératif. En effet, la majorité des dirigeantes interrogées avaient vécu des expériences de leadership dans leur jeunesse dans différentes organisations, notamment des organismes d'action catholique, de loisirs ou culturels, des conseils scolaires ou des organisations pour la défense des droits des francophones. En ce sens, elles ont vécu des parcours comparables à ceux de bon nombre de leurs confrères dirigeants.
Établir une stratégie d'information et de formation
Informer sur les réalisations des dirigeantes
On déplore généralement le peu de modèles de référence féminins dans le monde des coopératives. On ne parle pas beaucoup, on ne publicise pas assez les expériences de coopératrices qui se retrouvent dans des postes de pouvoir au sein des mouvements coopératifs francophones. Pourtant, une meilleure connaissance de ces expériences permettrait de «démystifier» le rôle et les exigences requises pour devenir dirigeante d'une coopérative ou d'un regroupement de coopératives et fort probablement de susciter des vocations nouvelles.
Un des moyens d'action suggérés est que les dirigeantes actuelles de coopératives puissent faire part de leur expérience à d'autres femmes par le biais notamment :
• de conférences pour présenter leur cheminement de dirigeantes ou pour traiter de différentes thématiques relevant de leur expertise;
• ou d'articles relatant leur expérience dans les revues spécialisées des différents secteurs coopératifs.
La publication d'articles sur les femmes dirigeantes chez Desjardins au Québec, dans la Revue Desjardins (no 6, 1990 et no 4, 1992) est un bon exemple de moyens de faire connaître l'apport des femmes à ce mouvement et aussi de faire partager leur expérience.
Établir un répertoire de ressources humaines
Un autre moyen proposé lors du séminaire «Femmes et pouvoir dans les coopératives» est de créer des répertoires de ressources humaines qui pourraient participer à la dynamique coopérative comme conférencières ou encore comme candidates potentielles pour siéger à un conseil d'administration.
Ce type de répertoire de ressources humaines pourrait être constitué :
• soit au niveau local, pour diverses coopératives;
• soit au niveau régional, par les coopératives de la région ou par une organisation intercoopérative intrasectorielle (comme le répertoire des dirigeantes de la Fédération des caisses populaires Desjardins de Montréal et de l'Ouest-du-Québec);
• soit au niveau provincial, par un conseil de la coopération;
• soit au niveau national.
Former des coopératrices
Deux moyens d'action nous ont été suggérés.
Accroître la visibilité des coopératives dans les milieux de femmes par un programme de sensibilisation aux enjeux et défis de la coopération moderne.
De nombreuses organisations de femmes programment déjà des activités d'information et de formation pour leurs membres sur des thématiques recouvrant des habiletés et des compétences utiles pour être dirigeantes d'associations démocratiques, par exemple sur la dynamique de groupe, la résolution de problèmes, l'apprentissage de la parole en public, etc. Quelques organisations ont également inséré dans ces activités de formation un volet de sensibilisation à la formule coopérative et contribuent ainsi à la formation de coopératrices et de candidates potentielles pour des postes au sein des conseils d'administration de coopératives.
Un échange systématique d'informations sur leurs activités de formation entre les coopératives et les organisations de femmes profiterait aux deux. Des collaborations actives se sont d'ailleurs déjà établies entre organisations coopératives et organisations de femmes. Par exemple, un programme de formation destiné aux femmes intéressées à devenir dirigeantes a été développé par la Fédération des caisses populaires Desjardins de Québec en association avec le Conseil régional de Québec de la Fédération des femmes du Québec.
L'organisation par les coopératives de sessions de formation, destinées aux membres, particulièrement aux coopératrices, et non pas uniquement aux équipes dirigeantes sur ce que sont les coopératives, le rôle et les fonctions des dirigeantes et des dirigeants, la dynamique de groupe et la résolution de conflits, la lecture et l'analyse des états financiers, etc.
Bon de commande
Note : L'achat de produits via Internet en communiquant un numéro de carte de crédit ne nous apparaît pas encore assez fiable.
Seulement 20% environ des internautes effectuent ce type de commande.
C'est pourquoi nous ne vous proposons pour le moment que la façon de commander la plus traditionnelle qui soit, mais encore la plus sûre : par la poste.
Vous pouvez imprimer un bon de commande à cette page.
