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La coopération, ça s'apprend !
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Je lui dis : " Regardes ! tu sais ce que c'est une compagnie à capital-actions ? " En général, ils le savent à peu près. "C'est une entreprise dont les propriétaires sont ceux qui en ont acheté des actions ".
" Bon, maintenant, tu sais ce que c'est que la démocratie parlementaire ? " Ça aussi, tout le monde le sait, à peu près. " C'est fondé sur le principe que chaque personne a un droit de vote pour élire ses élus, dans une assemblée nationale par exemple, et sur la règle de la majorité pour emporter les décisions ".
" Eh bien, une coopérative, c'est comme un mélange des deux : une compagnie à capital actions fonctionnant selon les principes de la démocratie parlementaire. "
Naturellement, quand on entre dans les détails, c'est un peu plus compliqué que cela. Mais l'essentiel de la différence coopérative y est résumée : c'est une entreprise démocratique. Ceci dit, si mon interlocuteur comprend un peu mieux ce qu'est une coopérative avec cette image simple, cela n'en fait pas pour autant un coopérateur ou une coopératrice !
Le problème est que nous nous pensons tous démocrates parce que nous vivons en démocratie mais que nous ne le sommes bien souvent pas réellement. Beaucoup d'entre nous n'ont qu'une seule et unique expérience d'action démocratique : déposer un bulletin de vote dans une boite pour élire une personne qui prendra des décisions pour nous. Même si nous votons relativement souvent dans la démocratie canadienne, la démocratie ne se résume pas à cela.
On s'en rend compte quand on devient membre d'une coopérative. Il ne s'agit pas seulement d'élire les membres du conseil d'administration. Il s'agit également de participer soi-même à la prise de décisions en assemblée générale. Il ne s'agit pas de s'exprimer seulement dans le secret d'un isoloir en choisissant un nom. Il s'agit souvent de s'exprimer publiquement, devant les autres, pour affirmer son opinion, pour défendre ses intérêts et ceux des autres membres. Il s'agit aussi d'accepter de se faire élire à son tour au conseil d'administration et de prendre la responsabilité de décider de l'avenir de la coopérative en réunion de conseil.
Agir en démocratie, c'est assumer la responsabilité de participer à la prise de décisions avec d'autres.
Cette responsabilité est même très importante dans une coopérative de travail comme une coopérative forestière car ces décisions qui se prennent au conseil ne concernent pas uniquement l'avenir de la coopérative mais surtout l'avenir des membres et de leurs familles puisqu'il en va de leurs jobs et de leurs revenus familiaux.
Celles et ceux qui ont vécu cette expérience de se faire élire la première fois au conseil d'administration de leur coopérative le savent : ils s'aperçoivent que ce n'est pas si simple que cela.
Savoir assumer ces responsabilités dans une coopérative, ça s'apprend !
On ne naît pas démocrate ! On le devient par l'apprentissage et l'expérience.
Je me souviens des premières réunions du conseil d'administration dans la petite coopérative forestière que nous avions fondée en 1981. Aucun d'entre nous n'avait déjà siégé à un conseil d'administration. Nos réunions duraient des heures, parfois dans la confusion la plus totale. Nous finissions par prendre les décisions qu'il fallait prendre, mais nous avions parfois oublié celles que nous avions prises les fois d'avant. Nous prenions parfois deux heures pour décider par exemple de la couleur du tapis pour le bureau, mais seulement vingt minutes pour approuver un contrat !
Jusqu'au jour où nous nous sommes rendus compte qu'il nous fallait apprendre à fonctionner efficacement. C'est venu surtout quand nos compagnes en ont eu marre des réunions qui se terminaient passé minuit !
C'est alors que nous avions pris une de nos meilleures décisions : faire venir quelqu'un qui s'y connaît, qui ait l'expérience et la patience de nous la transmettre.
Nous avons demandé à Madame D., secrétaire du conseil municipal, de venir nous rejoindre pour assumer la responsabilité d'être aussi secrétaire de notre conseil d'administration. Les premières fois, nous étions comme des enfants devant une maîtresse d'école. Non pas qu'elle nous disait comment s'y prendre. Elle faisait tout bonnement bien sa job de secrétaire., en préparant avec le président des ordres du jour bien balancés, en nous signalant toutes les décisions qu'il fallait prendre, par ordre d'importance et d'urgence, en rédigeant des procès-verbaux si clairs que nous pouvions avancer régulièrement sans rien oublier ni revenir sur des débats déjà faits.
À sa manière, elle nous a appris une des facettes importantes de la démocratie : la prise de décision en conseil.
Bien entendu, la plupart de celles et ceux qui siègent actuellement aux conseils d'administration des coopératives forestières bénéficient d'une longue expérience et ne commettent plus ces erreurs de débutants.
Mais qu'en est-il des nouveaux élus ? Qu'en est-il des nouveaux membres qui peu à peu prennent la relève des fondateurs ? Ont-ils déjà eu véritablement l'occasion d'apprendre la démocratie en entreprise? Probablement oui dans telle coopérative, certainement non dans telle autre.
C'est la raison d'être de cette nouvelle chronique : expliquer la démocratie coopérative, ses méthodes et ses pratiques, conter ses difficultés et ses plaisirs à la vivre et répondre aux questions de celles et ceux qui pour les premières fois la vivent, concrètement.
Alain Bridault, président
ORION coopérative de recherche et de conseil