Vivre la coopération

Le fonctionnement du conseil d'administration
III. Animer une réunion de conseil
B. Les techniques de facilitation

Nous avons vu dans la chronique précédente que la personne assumant la présidence du conseil d'administration d'une coopérative (ou de tout autre comité d'ailleurs) doit être à la fois capable de mobiliser l'attention et l'intérêt des membres pour les décisions à prendre, de faciliter le déroulement des débats en créant un climat harmonieux et de coordonner ces débats pour en assurer l'efficacité.

Pour être en mesure d'assumer ces trois fonctions d'animation (mobilisation, facilitation et coordination) elle utilise un certain nombre de techniques d'animation éprouvées. Nous avons résumé la dernière fois les principales techniques dites de mobilisation. Nous résumons aujourd'hui les principales techniques dites de facilitation. Il est probable que, là aussi, beaucoup d'entre vous qui avez dû déjà assumer la présidence d'un comité ou d'un conseil en ont déjà utilisé la plupart.

On utilise ces techniques de facilitation afin de favoriser au maximum l'expression de l'intelligence des membres du conseil, individuellement et collectivement. Elles ont ainsi pour objectifs, d'une part, de favoriser les échanges entre les participants et, d'autre part, d'éviter l'émergence et l'expression de conflits interpersonnels risquant de dégrader le climat de ces échanges.

En fait, le président ou la présidente cherche à supprimer ou contourner tout obstacle ou toute attitude limitant la libre expression de la solidarité entre les membres et de l'intelligence collective du conseil pour créer un climat de réunion favorisant les communications interpersonnelles. Il ou elle cherche ainsi :

- à faire s'exprimer les " silencieux ", qui souvent le sont par timidité, surtout dans le cas de nouveaux élus encore peu au courant des dossiers en cours, en leur rappelant s'il le faut la célèbre phrase de Sénèque : " Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas, mais c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles ";

- à l'inverse à réfréner l'ardeur des verbomoteurs qui se sont déjà longuement exprimés sur un point à l'ordre du jour, pour laisser la chance aux autres et équilibrer les débats sur ce point;

- à éviter l'expression des conflits interpersonnels larvés en rappelant s'il le faut la distinction entre le nécessaire exercice de " l'esprit critique " qui permet d'analyser une idée ou une proposition à sa juste valeur et la détestable pratique de " l'esprit de critique " qui amène à critiquer personnellement le porteur d'une idée et non l'idée elle-même.

Face à un problème émergent de conflit interpersonnel, on utilise deux techniques de base : l'objectivation et la diversion. Objectiver une intervention peut se faire de deux manières :

- soit par la reformulation de la critique négative qui vient d'être émise de manière objective en ignorant les attaques personnelles directes ou indirectes qu'elle comprenait;

- soit, lorsque ces attaques sont un peu trop incisives, voire blessantes, en rappelant fermement à l'ordre le porteur de cet " esprit de critique ", en lui signalant qu'il s'engage sur une pente dangereuse pour la bonne tenue des débats du conseil et en lui demandant de reformuler objectivement sa critique de manière à ce qu'elle ne concerne que les idées émises et non le ou les porteurs de cette idée ou de ces idées.

Si toutefois le climat est déjà pas mal détérioré par des conflits interpersonnels et que le président ou la présidente se rend compte que le conseil n'est pas prêt à vider la question en s'engageant dans un processus de résolution de problème toujours dangereux à enclencher sur le chaud dans la mesure où il implique la libération des émotions et des rancœurs, il est alors mieux de faire diversion :

- soit par l'humour, une bonne blague détend toujours l'atmosphère, ou en faisant dévier subtilement les débats vers un sujet plus anodin;

- soit en proposant la levée temporaire de la réunion, par exemple pour une pause santé, afin de tenter de résoudre les conflit entre les antagonistes sans la présence de témoins.

Dans la prochaine technique, nous résumerons les techniques relatives à la troisième fonction d'animation : la coordination.

Alain Bridault, président
ORION coopérative de recherche et de conseil