Vivre la coopération

Le fonctionnement du conseil d'administration
IV. Faciliter la participation aux réunions du conseil

Parmi tous les types de coopératives, la coopérative de travail est la plus intense en matière de vie coopérative. Le membre ne fait pas usage de sa coopérative qu'une fois par semaine pour acheter la nourriture de sa famille comme dans une magasin coop ou pour faire ses dépôts et retraits comme dans une caisse populaire. S'il en retire tout son revenu de travail comme le producteur agricole le fait de sa coopérative laitière, il y passe également tout son temps de travail, presque autant de temps que le membre d'une coopérative d'habitation qui rejoint son logement le soir.

Cette intensité d'usage de la coopérative est encore plus grande pour ceux et celles qui ont accepté en sus d'assumer les responsabilités d'administrateur de la coopérative puisque cela implique d'ajouter au minimum l'équivalent de près de deux semaines de travail dans l'année pour participer :

- aux réunions régulières du conseil (une fois par mois entre 3 et 6 heures) et à ses réunions exceptionnelles (par exemple un " Lac-à-L'Épaule " annuel de 2 jours de mise à jour de la planification stratégique);

- à d'éventuels autres comités spécialisés (par exemple à un comité de travailleurs dans un secteur d'opération ou à un comité de santé et sécurité au travail);

- à l'assemblée générale annuelle et aux éventuelles assemblées générales spéciales.

Cela est d'autant plus exigeant pour les membres du conseil d'administration qu'ils consacrent à la vie coopérative ces quelques dizaines d'heures de plus que les autres membres de manière bénévole. Cela est encore plus exigeant lorsqu'un administrateur est choisi pour représenter la coopérative lors de réunions et assemblées d'autres organisations dont la coopérative est membre : les réunions de la CCFQ par exemple ou son congrès annuel.

Tout ce temps consacré à la coopérative, c'est autant de temps qui ne peut l'être pour la vie familiale. C'est ce qui explique parfois la réticence de certains membres à siéger sur un conseil. Il est donc important de faire en sorte que la responsabilité d'administrateur soit la moins contraignante possible.

Cela se fait d'abord en faisant en sorte qu'en plus du temps consacré, cette participation exceptionnelle d'un administrateur ne lui implique pas d'autres dépenses. Il est ainsi d'usage de lui rembourser tous les frais induits par sa participation aux réunions (frais de déplacements, de repas, d'hébergement et frais de garde d'enfant notamment). Cela se fait d'ordinaire sous la forme d'allocations de présence pour couvrir les frais réguliers et de remboursements sur factures pour les frais irréguliers (par exemple la participation au Congrès annuel de la CCFQ). La Loi spécifie que le montant de ces allocations de présence est voté par les membres en assemblée générale (il ne peut l'être par les administrateurs eux-mêmes qui se mettraient alors en conflit d'intérêt).

Attention ! Une " allocation de présence " n'est pas comme un " jeton de présence " qui se donne aux administrateurs des grandes compagnies. Une " allocation de présence " n'est pas un complément de revenu et n'est conçue que comme une façon de rembourser les frais encourus par un administrateur alors qu'un " jeton de présence " est un revenu, un paiement pour le travail d'administrateur.

Il est également très important de ne pas perdre son temps, d'apprendre à bien gérer la " banque de temps " annuelle consacrée aux réunions du conseil d'administration de manière à ce que ces heures de travail bénévole soient les plus efficaces possibles.

Trois pratiques d'aménagement du temps de travail des élus d'un conseil peuvent être mises en œuvre :

- l'ajustement du temps et de la fréquence des réunions de conseil;

- la formation et l'information préalable des administrateurs; - l'allégement du travail du conseil par la création de comités non décisionnels mandatés sur des dossiers spéciaux.

Ces pratiques d'aménagement du temps d'un CA feront l'objet de la prochaine chronique.

Alain Bridault, président
ORION coopérative de recherche et de conseil