Vivre la coopération

L'intercoopération
I. L'intercoopération intrasectorielle

Coopérer entre coopératives de même secteur : un avantage concurrentiel

Il est des secteurs coopératifs pour lesquels l'intercoopération apparaît naturellement nécessaire, voire vitale pour la survie et le développement des coopératives. C'est le cas des coopératives financières (les caisses populaires au Québec) ou banques coopératives selon la formulation internationale. La Loi sur les caisses populaires du Québec oblige même une caisse à être membre d'une fédération, maintenant de La fédération depuis la fusion des 11 fédérations en une seule. C'est le seul secteur coopératif dans lequel l'adhésion à une fédération est obligatoire.

Pour tous les autres secteurs coopératifs, l'adhésion à une fédération sectorielle n'est pas obligatoire. Mais on constate néanmoins que, dans tous les secteurs coopératifs, la plupart des coopératives adhérent volontairement à une fédération. Si cette adhésion volontaire est si importante, c'est qu'elles y trouvent intérêt. Cet intérêt se manifeste par les services que seule une fédération sectorielle peut offrir.

Quatre grands types de services peuvent être ainsi offerts par une fédération à ses coopératives membres :
1. la défense de leurs intérêts collectifs auprès des gouvernements;
2. des services professionnels directement liés aux besoins spécifiques du secteur économique;
3. des regroupements d'achat pour des produits et services divers;
4. des services professionnels dans le domaine de la gestion de la vie démocratique.

C'est par ces services, par leur ampleur et leur qualité, qu'une coopérative bénéficie d'un avantage concurrentiel par rapport à ses concurrentes entreprises privées qui se battent seules sur le marché. La position dominante qu'occupe le Mouvement Desjardins sur le secteur bancaire au Québec résulte directement de plusieurs dizaines de décennies d'intercoopération. Il en est de même pour les coopératives agricoles regroupées au sein de la Coopérative Fédérée de Québec. Cet avantage concurrentiel se manifeste également dans certains relativement jeunes secteurs coopératifs, comme celui des coopératives funéraires qui, grâce à la Fédération des coopératives funéraires du Québec sont en train de devenir, ensemble, le premier réseau intégré de fournisseurs de services funéraires au Québec.

La défense des intérêts collectifs auprès des gouvernements

C'est le premier besoin auquel répond une formation sectorielle. C'est toujours, lors de sa création, le cœur de sa raison d'être. C'était jusqu'à tout récemment encore, le principal type de services qu'offrait votre fédération sectorielle, la Conférence des coopératives forestières du Québec.

C'est d'abord à cela que sert la cotisation annuelle qu'une coopérative paie à sa fédération. C'est un travail ardu et de longue haleine qui s'oriente autour de quelques axes, dont voici les principaux :
Ø faire les représentations politiques nécessaires pour que la Loi sur les coopératives (ou les chapitres de la Loi concernant le secteur coopératif) soit le mieux adaptée possible aux besoins et particularités des coopératives du secteur;
Ø faire les représentations politiques nécessaires pour que les autres lois n'aient pas d'effet négatif ou pervers sur le fonctionnement et le développement des coopératives du secteur;
Ø faire les représentations politiques nécessaires pour que les coopératives du secteur soient accessibles aux programmes d'aide publique aux entreprises ou bénéficient de programmes spécifiques.

Une fédération sectorielle représente politiquement ses coopératives membres. Elle est leur voix politique, leur porte-parole. Elle cherche toujours à se construire le meilleur rapport de force possible pour que cette voix politique porte, soit en mesure d'influencer sur les décisions législatives et gouvernementales au mieux des intérêts des coopératives membres.

Ce rapport de force est d'autant plus favorable, sa capacité d'influence est d'autant plus forte que :
Ø d'une part, elle regroupe toutes ou autant que possible presque toutes les coopératives de son secteur et qu'elle est capable de bien faire émerger les consensus entre ces coopératives;
Ø d'autre part, elle les renforce par l'appui qu'elle reçoit de ses autres grands partenaires intercoopératifs et par l'appui qu'elle leur offre; c'est pourquoi la Conférence des coopératives forestières du Québec est également membre du Conseil de la coopération du Québec (CCQ), le forum politique de tous les secteurs coopératifs.

Nous continuerons l'analyse des grandes fonctions de services d'une fédération sectorielle dans les prochaines chroniques.

Alain Bridault, président
ORION coopérative de recherche et de conseil