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L'intercoopération
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Il faut en effet parler du nerf de la guerre : l'argent. Car la gamme de services qu'une fédération sectorielle peut offrir est bien entendu directement conditionnée par la capacité financière de la fédération et de ses coopératives membres. Il s'agit donc de bien comprendre d'abord d'où vient l'argent dont dispose une fédération et comment se financent les services qu'elle offre à ses coopératives membres.
La cotisation annuelle des membres
La première source de revenus d'une fédération est la cotisation annuelle que lui versent ses membres. Cette cotisation varie généralement selon la taille de la coopérative. Le calcul de la cotisation d'une coopérative en fonction de sa taille peut se mesurer selon son chiffre d'affaires, ou son nombre de membres, ou encore selon la masse salariale dans une coopérative de travailleurs ou selon une formule combinant l'une et l'autre de ces caractéristiques.
Idéalement, on pourrait estimer que cette cotisation doit servir à payer tous les services que devra offrir la fédération. Mais, dans la réalité, cela ne se peut pas car les besoins varient trop d'une coopérative à l'autre. Cette différence se résume par une formule que je reprend souvent : " Ceux qui ont les besoins n'ont pas les moyens. Ceux qui ont les moyens n'ont pas les besoins. " Une petite coopérative n'a souvent pas les moyens de se payer les services professionnels dont elle a besoin. Elle est alors demandeuse de services auprès de sa fédération. À l'inverse, une grande coopérative a les moyens de se payer directement les services professionnels dont elle a besoin. Elle ne les demandera donc pas à sa fédération. Une fédération étant une " coopérative de coopératives ", elle se doit d'offrir un traitement équitable à tous ses membres. Elle ne peut donc pas financer à même ses revenus de cotisation des services qui ne seraient utilisés que par une partie de ses coopératives membres puisque cela serait inéquitable pour les autres. Elle doit donc se limiter à ne financer par les revenus de cotisation que les services que toutes utilisent. C'est pourquoi, en pratique, surtout en ce qui concerne les petites fédérations, les revenus de cotisation ne servent en fait qu'au financement des activités de défense des intérêts politiques de leurs membres (ce dont nous avons traité dans la chronique précédente).
La vente de services professionnels
La seconde source de revenus provient ainsi de la vente de services professionnels aux coopératives membres. Ces services sont donc optionnels. Une coopérative est libre de les acheter ou pas. La fédération facture alors ces services de manière à ce qu'ils soient rentables puisqu'elle ne peut utiliser les revenus de cotisation à cette fin. Pour qu'ils soient rentables, la fédération doit en conséquence évaluer soigneusement les besoins et le marché de ces services. Lorsque le secteur coopératif est petit, en termes de nombre de coopératives, ce marché est également petit. La gamme de services sera alors très restreinte :
Ø d'autant plus si les coopératives membres sont dispersées sur un vaste territoire; l'éloignement se traduit directement en coûts;
Ø et d'autant plus lorsque ces coopératives ne font pas toutes la même chose en matière d'activités économiques; les besoins de services professionnels ne sont pas les mêmes entre une coopérative forestière qui ne fait que des opérations d'aménagement forestier et une coopérative forestière active au niveau des opérations de récolte et de transformation du bois.
C'est ce qui explique que la CCFQ n'a pas pu, pendant ses premières années d'existence, mettre sur pied des services professionnels pour ses membres.
Les subventions de l'État
La troisième source de revenus d'une fédération peut enfin provenir de subventions de l'État. Idéalement, lorsqu'on considère le principe d'autonomie et d'indépendance qui caractérise nos coopératives, une fédération sectorielle devrait compter avant tout sur ses propres forces et non sur l'apport exceptionnel de subventions provenant de l'État. Dans la réalité, un coup de pouce de l'État est souvent nécessaire au développement d'un secteur coopératif. Heureusement, nous avons eu au Québec des gouvernements qui, quelle que soit leur couleur politique, ont compris l'importance du secteur coopératif dans le développement socio-économique et ont utilisé leurs pouvoirs de dépenser pour aider les jeunes fédérations sectorielles à se développer. C'est ce qui se passe actuellement. C'est ce qui permet à certaines petites fédérations sectorielles d'offrir des services professionnels à leurs membres à moindre coût. C'est, par exemple, grâce à cette aide de l'État que la CCFQ a pu mettre sur pied un service de support à la vie associative de ses coopératives membres.
Alain Bridault, président
ORION coopérative de recherche et de conseil