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L'intercoopération
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Des services de regroupements d'achat pour des produits et services
L'union fait la force. Acheter pour 10 000 $ d'un produit permet généralement d'obtenir un prix de gros plus bas que si l'achat n'est que de 500 $. Ce type de regroupement de forces d'achat est à la base même de la création de la première coopérative de consommation qui ait historiquement réussi, celle de Rochdale en Grande Bretagne (1846). Il est également à la base de la création de la première fédération sectorielle qui regroupa toutes les coopératives de consommation de Grande Bretagne qui furent créées sur le modèle de celle de Rochdale. Elles mirent sur pied, ensemble une " Wholesale Society ", un service de grossiste, une centrale d'approvisionnement de toutes les épiceries coopératives du réseau. La CWS (Cooperative Wholesale Society) existe toujours et est une des organisations modèles du mouvement coopératif mondial.
Une fédération sectorielle est en fait une coopérative de coopératives qui s'apparente ainsi, sur cet aspect, à une coopérative de consommation, la seule différence en étant qu'elle ne regroupe pas des personnes mais des entreprises (les coopératives membres). Comme dans le cas de CWS, les premières fédérations sectorielles qui ont été créées dans les autres secteurs coopératifs le furent dans cette perspective d'aller chercher les économies d'échelle par le regroupement de la force d'achat des coopératives du secteur, soit pour acquérir de l'équipement ou des intrants à moindre coût, soit pour se donner des services professionnels de qualité également à moindre coût. C'est donc un service économique. Les membres de ces fédérations le sont parce qu'ils y trouvent et y recherchent un " avantage coopératif " qui se situe au niveau de prix plus bas pour tel ou tel service ou produit ou de la disponibilité d'un produit ou d'un service autrement non disponible sur le marché. Un exemple : le regroupement d'achats de cercueil mis sur pied par la Fédération des coopératives funéraires du Québec. C'est ce type de services qui fonde le succès économique des grandes fédérations de caisses banques coopératives, de coopératives agricoles et de coopératives de consommation.
Le cas des coopératives de travailleurs
Cependant, dans le cas des coopératives de travailleurs comme celui des coopératives forestières, ce type de services est nettement moins développé. Cela tient à ce qu'il y est généralement plus difficile d'identifier des types de produits ou de services qu'il serait possible d'offrir aux coopératives membres à moindre coût qu'ailleurs et qui aurait un " marché " de coopératives membres suffisamment important pour que la fédération soit en mesure de générer cet avantage de coût. Il faut en effet qu'une fédération de coopératives de travail ait une " masse critique " de membres minimales pour justifier économiquement la mise sur place de services de regroupement d'achat pour des produits et services. Cette " masse critique " est d'autant plus difficile à atteindre que le secteur des coopératives de travail est très hétérogène. Les coopératives opèrent souvent dans des secteurs économiques très différents les uns des autres. Elles n'ont donc pas toutes les mêmes besoins en matière d'achat de produits et services.
Vous me direz que les coopératives forestières opèrent dans le même secteur et qu'elles n'ont donc pas ce problème. C'est vrai pour un certain nombre de services à caractère universel pour lesquels un regroupement permet d'obtenir des services adaptés aux besoins et à des prix nettement moindres que si chaque coopérative cherche à se les procurer seule. On pense notamment à des services financiers comme des assurances. Il est cependant certains types de regroupements d'achat qui apparaissent plus difficiles à développer. Cela tient surtout au fait que les coopératives forestières sont toutes situées en régions périphériques du Québec, relativement loin des grands centres urbains. Cet éloignement peut se traduire par des coûts importants lorsqu'on envisage d'offrir certains produits au point d'en minimiser trop voire d'en éliminer tout avantage résultant du volume. Le facteur coût est déterminant.
La prochaine chronique traitera du quatrième et dernier type de service que peut offrir une fédération sectorielle à ses membres, les services professionnels dans le domaine de la gestion de la vie démocratique.
Alain Bridault, président
ORION coopérative de recherche et de conseil